Mais que vont faire Renate Reinsve (Julie en 12 chapitres, Valeur Sentimentale) et Chiwetel Ejiofor (12 years a slave, les Fils de l’Homme) dans un film de Youtuber ? Vous pensez que je vais m’énerver contre ce film avec cette intro ? Et bien pas du tout.
Les Backrooms, c’est une légende contemporaine, créée sur internet. Le genre de folklore inventé par des gens passionnés dont l’imagination a transformé une photo d’un entrepôt de meuble vide en lieu en dehors de notre réalité. Les Backrooms, c’est un « bug dans la matrice », un espace que les speed-runners de jeu vidéo connaissent bien car c’est l’envers du décor d’un jeu. Derrière les polygones visibles se cache un autre monde. Si l’on applique cette logique dans le monde réel, ce sont des interstices qui permettent d’accéder à un autre univers.
Et donc, on y suit deux personnes solitaires, vivant partiellement recluses et se sentant déjà en dehors du monde. Clark, un architecte qui se contente d’être vendeur de meuble, et Mary, sa psy qui a écrit un livre de développement personnel, n’arrivent pas à s’intégrer. La faute a un passé chaotique, leur vie actuelle se résume à leur travail et leur solitude. Lorsque le vendeur trouve une faille dans la réalité, il y découvre un monde qui s’apparente à la « vallée de l’étrange » pour les pièces. A la fois terrifié et fasciné, il décide de s’aventurer dans ce monde qu’il pense vide.
Avec ses personnages, il y a une volonté d’aller au-delà de la simple reproduction des fausses vidéos en found footage. Ajouter une dimension psychologique est bienvenue. Je trouve que c’est proche de l’idée de l’adaptation de Exit 8. Prendre des bons comédiens expérimentés permet au spectateur de s’impliquer émotionnellement. Même si je n’ai pas eu peur, j’ai eu malgré tout cet effroi et ce sentiment de gêne et de malaise face à des endroits qui semblent trop « normaux ».
Ca pourrait être aussi une façon d’aborder une adaptation de l’univers de Silent Hill. En tout cas avec Curry Barker, Kane Parsons semble proposer une horreur nouvelle, peut être plus proche des angoisses d’une nouvelle génération. Dans un monde où même une photo semble sur-réelle, où le quotidien et la réalité perdent leur sens, c’est peut être ça l’horreur des années 2020.