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L’Odyssée

22/07/2026 Cinéma En salle 5 min de lecture
L’Odyssée

Petit avant propos : j’aime beaucoup le cinéma de Christopher Nolan. J’aime beaucoup ses films, pour plein de raisons, et même les plus dénigrés me semblent intéressants.

On peut reprocher à Nolan son côté petit malin : écrire un scénario un peu compliqué et y appliqué une mise en scène esthétisante. Et pendant que le spectateur démêle les fils de l’histoire et décrypte ce les trames des images, ce qu’il nous propose n’est que du vent. C’est l’image de la scène d’ouverture du Prestige.

Pourtant, cela fait plusieurs films que Nolan tente de nous donner les clés. Il y a même un personnage au début de Tenet qui dit de ne pas essayer de comprendre, mais de se laisser porter et d’accepter ce qui se passe. Mais les gens se sont battus pendant le film pour chercher la cohérence et n’ont pas vu un James Bond déguisé, un Moonraker qui se déroule dans le temps au lieu de l’espace.

Alors il a fait Oppenheimer, libéré de Warner qui n’avait pas compris Tenet et l’avait mis rapidement en SVOD. C’est une histoire que les scientifiques et les historiens connaissent, avec une belle mise en scène, de très bons acteurs, des recherches dans la création d’image. C’est une biographie sur un homme qui a une vision, une façon de voir le monde, qui est allé aux portes du progrès, aidé par la guerre et lorsque sa vision a été réalisée, a passé sa vie à regretter.

Ainsi on embarque aujourd’hui dans l’Odyssée. C’est une histoire mythologique que l’on apprend parfois au lycée, que les littéraires ont décortiqué, qui a nourri la pop-culture, a mis des graines dans toutes les oeuvres qui ont suivi. Une nouvelle histoire « simple », pour montrer que son cinéma n’est pas de la poudre aux yeux; pour montrer que ce qui compte au cinéma, c’est la mise en scène.

A l’image des trois coups qui ouvrent le film (les ouverture des films de Nolan donnent souvent toutes les clés : j’ai évoqué le Prestige, mais vous pouvez reprendre toutes les premières parties), on est dans le théâtre, on est dans la représentation, on est dans une histoire que les personnages se racontent et nous racontent.

A l’image de Pénélope, qui passe son temps derrière une porte grillagée, elle est visuellement la toile qu’elle mêle et démêle, un canevas qui se met en scène tous les soirs (Comme Shéhérazade dans les Milles et une Nuits), une trame à partir de laquelle elle tisse son histoire.

Je ne suis pas original et je suis sûr que d’autres critiques vous auront cité ces exemples. Mais, c’est avant tout pour pointer du doigts qu’il ne faut pas rester sur la simplicité du Mythe ou la volonté de le réécrire de la part de Nolan : c’est un moyen de faire de la mise en image, d’expliquer le symbolisme qui anime chacun de ses films, des plus commerciaux aux plus originaux. C’est, je pense, la volonté de montrer que le cinéma, c’est parfois une histoire, parfois des images et, quand c’est bien fait, la combinaison des deux. C’est de dire que l’écriture et que 24 photos par seconde valent plus que la somme de chacun des deux arts.

L’Odyssée convoque forcément en chacun de nous le Cyclope, Circé, la toile de Pénélope, l’histoire d’Argos, le défi de l’Arc. Pour ma part, une grande partie de mes connaissances viennent du dessin animé Ulysse 31. C’est un récit qui résonne encore dans tous les conteurs, dans tous les pays (comment ne pas penser à Circé lorsque l’on voit le sort des parents de Chihiro au début de son « voyage »).

Et c’est aussi une vision du monde :

  • Interstellar dépeint un monde qui meurt parce qu’il nie la science et, avec elle, la capacité de rêver.
  • Tenet un monde où les générations futures possèdent une telle rage contre le notre présent qu’elle est prête à le détruire.

L’Odyssée raconte l’histoire d’une homme qui est parti se battre, a vu tous ses soldats mourir, un à un, de manière injuste, malgré la justesse de son coeur et de ses valeurs. Tout ça pour une guerre stupide, qui n’a mené à rien, sur les désirs vains d’un homme trop petit dans une armure imposante et ridicule. Une guerre qui a détruit une ville, une civilisation, un principe d’hospitalité qui en sera à jamais perverti. Une guerre qui a détruit un homme qui a préféré se perdre pendant des années au fil des eaux troubles, s’oublier entièrement, plutôt que d’affronter les conséquences de sa légende et sa gloire, de son impact sur le monde et sur les générations à venir.

Si vous avez du temps, vous verrez le miroir qu’Ulysse tend à Oppenheimer, le miroir que Nolan nous tend pour voir notre monde.

(Je n’ai pas parlé de la musique de Ludwig Göransson, des actrices et des acteurs qui sont toutes et tous très justes et touchants, du fait que l’on ne s’ennuie pas durant les 2h53 du film… et ça doit se voir que j’ai beaucoup aimé le film).

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