Alors, même si je suis athée, je n’ai rien contre les religions. Je sais que ce sont des éléments fédérateurs dans de nombreux pays et je ne condamne que les formes intégristes.
Mais entre Ridley Scott qui fait un parallèle biblique dans Prometheus et dans Alien Covenant, et Spielberg qui ajoute un volet sur la foi dans une oeuvre de science fiction, j’avoue que je ne comprends pas trop.
Parce que ce que Spielberg sait faire depuis longtemps, c’est joué avec nos sentiments et mettre en avant notre empathie. Il le fait très bien dans Disclosure Day. Il est un virtuose de la caméra, sait donner du sens à un plan de caméra très travaillé. Au point que l’on n’est pas obligé de connaître la grammaire du cinéma pour la ressentir. C’est à la fois la base de son cinéma et un des grands thèmes de ce film.
Au niveau casting, Emily Blunt transforme chacune de ses apparitions en grand moment et les autres comédiens s’en sortent honorablement.
Au scénario, on retrouve aussi Steven mais aussi David Koepp, compagnon d’arme sur Jurassic Park et la Guerre des mondes. Il y a nombre de scénarios où David a été brillant, notamment en ayant remis sur pied un Spider-man de Sam Raimi. Mais c’est dans cette partie du travail où le bas blesse pour moi. Il y a trop de personnages et de circonvolutions. Il y a trop de détails qui n’apportent rien à la narration, à l’image de cette maison / décor en construction dans lequel évolue un personnage mais qui, au final, ne se sert que de la chambre.
Je pense que raconter le film d’un seul point de vue aurait été plus efficace, on aurait découvert et appris avec elle/lui, plutôt que ce trio de héros et des personnages secondaires associés, qui ne font que diluer le propos. Ce sont eux qui ajoutent justement la ramification religieuse qui aurait pu être interessante mais qui n’apporte rien au récit.
Pour l’exemple, X-files opposait Scully (la croyante en dieu) à Mulder (le croyant aveugle en l’existence des extraterrestres). Ce qui est exactement l’un des (trop nombreux) thèmes du film. Mais comme cette partie de l’histoire n’est traitée que par un personnage secondaire, elle n’a pas la portée de la confrontation des héros de la série.
C’est sûrement quelque chose de culturel dans les pays anglo-saxons mais rattacher l’empathie à la religion, ça sous entend quoi : que les athées n’ont pas d’empathie ?
Ajouter à cela des moments où les pouvoirs peuvent tout faire. Notamment, une scène où un personnage en secourt un autre : je ne comprends pas comment le pouvoir aide les personnages à s’échapper… ça m’a fait vraiment sortir du film. Je comprends le parallèle qui est fait avec une autre scène de secours où l’action prédomine. Ca marche à l’écriture, je pense. Mais une fois filmée, pour moi, ça ne fonctionne pas.
Et je ne crois pas en cet antagoniste (comme je ne crois pas aux écrans d’ordinateur transparents) qui est très déterminé, semble ne faire que peu de cas de la vie pour atteindre son but. Mais il n’utilise jamais directement des armes dont le pouvoir de destruction pourraient supprimer les héros une bonne fois pour toute. Enfin, il utilise le moyen le plus compliqué du monde pour localiser les héros alors que, de nos jours, les systèmes de vidéo-surveillance et l’OSINT sont tellement plus performants.
Il manque cette épée de Damoclès sur les héros qui me garderait engager dans leur réussite.
Que dire de la scène finale : vraiment trop longue, trop mal rythmée, trop directive (la mise en scène fait que l’on te dit dans le film ce que tu dois ressentir).
<attention spoiler>
Et surtout trop boomer : diffuser une info à la télé = la vérité ? En 2026 ? Qui peut encore croire ça ? Parce que oui : le plan des gentils : c’est de diffuser des archives, des documents vidéos sur les extraterrestres à la télévision. Donc toutes les courses poursuites, toutes les péripéties du film auraient pu être évitées si l’on avait uploader toutes les vidéos sur internet. Ca aussi, franchement… le film se passerait dans les années sans Internet, ça marcherait, mais plus maintenant.
</fin du spoiler>
Bref, techniquement, c’est un film qui montre que Spielberg sait tenir une caméra, sait diriger des actrices et des acteurs, sait faire naitre des sentiments et de l’empathie. Mais sait-il encore raconter des histoires (à l’image de Ready Player One où le héros vient de perdre sa famille adoptive et ne l’évoque jamais, parce qu’il est trop content d’avoir pécho l’héroïne ?)
Je suis sorti de la salle comme si j’avais vu un très mauvais épisode de X-Files… triste et déçu.