Retour à Silent Hill
Dans les billets sur 28 jours/semaines/ans , j’avais déjà parlé des oeuvres d’horreur, de leur portée et de la vision du monde que l’on peut avoir en ne détournant pas le regard face à la peur.
Ici aussi, on a un réalisateur qui revient au commande d’une franchise dans laquelle il avait déjà mis un pied, avec un saut dans le temps tout aussi long que Danny Boyle et la saga horrifique.
Si Gans n’a pas créé Silent Hill, il lui avait donné un des meilleurs représentants au cinéma. Sortant la brume volumétrique de la Playstation vers les grands écrans, il donnait un aperçu de l’effroi qu’elle contenait.
Entre temps, il y a eu le déclin et la résurrection des jeux, 4 générations de consoles pour un brouillard plus réaliste et des pleurs qui sortent désormais du haut parleur de la manette.
Silent Hill 2, le jeu, était l’intention initiale de Gans quand il a sorti le premier film en 2006. S’il y raconte une version modifiée du premier jeu, il tente d’y mettre une petite dose du second jeu, plus psychologique, plus mature, sans mythologie de résurrection démoniaque.
Et comme un héros des jeux, la suite désirée par Christophe Gans disparut dans un monde de ténèbres.
En 2024, Silent Hill 2 ressort en version remake, le film est annoncé. On ne doute pas de la bonne volonté Gans de revenir à Silent Hill. Puis, quelques mois avant la sortie du film, on a des rumeurs et des mauvais retours…
Et j’aurais tellement aimé vous dire que ce n’était que des bruits de couloirs. Mais le film n’est pas bon, pas intéressant, ne raconte rien… pire, il trahit le matériaux d’origine, rend explicite l’implicite du jeu, transforme les interactions entre les personnages pour en enlever toute la charge symbolique.
On sait, par de nombreuses interviews que Gans avait compris le jeu, qu’il était en phase avec tout ce qui fait de Silent Hill 2 une des oeuvres les plus matures et les plus abouties du jeu vidéo (sur le plan thématique).
Là, c’est un échec total et flagrant… je ne peux même pas le conseiller à quelqu’un qui veut découvrir les jeux, je ne peux pas le conseiller à quelqu’un qui aime les films d’horreur, je ne peux pas le conseiller à quelqu’un qui aime le cinéma.
On devine sous les coutures de cette opération à coeur ouvert, les cicatrices d’une production chaotique, d’une ingérence ou d’une pression pour sortir le film en même temps que le jeu. Une logique de contenu marketing qui enlève la marque des grands films : les heureux accidents artisitiques.